Jeux adaptés au handicap mental : comment bien les choisir

Publié par Edouard LECOMTE le 30/10/2026 11:28.

Choisir des jeux adaptés au handicap mental, c'est partir de la personne, et non d'une catégorie de jouets. Il s'agit d'observer ses goûts, sa compréhension, sa motricité et ses réactions sensorielles, puis d'ajuster les règles et le matériel. L'essai se fait ensuite avec elle, en toute sécurité. La démarche vaut pour les professionnels des collectivités, les clubs et les enseignants qui accompagnent des enfants, des adolescents ou des adultes.

Sur quels critères choisir un jeu adapté ?

Un jeu adapté ne se choisit pas sur sa boîte. Trois éléments le déterminent : le profil de la personne, ce qu'elle parvient à faire en situation et le contexte dans lequel elle joue. Chacun s'évalue à part, car un point fort dans un domaine ne dit rien des autres.

Une fillette pieds nus se tient sur un disque à picots jaune, entourée de disques sensoriels colorés.

Partir de la personne plutôt que du diagnostic

La Haute Autorité de santé (HAS) parle de trouble du développement intellectuel (TDI). Ce terme désigne une condition, pas un profil de joueur. Le choix d'un jeu dépend donc des goûts, des capacités, du mode de communication et de l'environnement de la personne, bien plus que du diagnostic ou de l'âge inscrit sur l'emballage.

Une fois ce profil posé, reste à fixer le but de l'activité. Un loisir peut viser le seul plaisir, sans devenir un exercice déguisé. À l'inverse, lorsqu'un objectif psychomoteur est retenu, l'habileté recherchée doit être nommée, par exemple viser ou saisir, puis observée pendant la partie.

Observer les capacités en situation

Un TDI n'entraîne pas forcément de difficulté motrice : le déplacement et la manipulation s'observent donc séparément. Le plus simple est de partir d'un jeu que la personne apprécie déjà, puis de relever ce qu'elle fait seule et ce qu'elle fait avec aide :

  • Compréhension : suit-elle une consigne montrée plutôt qu'expliquée ?
  • Interaction : attend-elle son tour ?
  • Repérage visuel : reconnaît-elle les images du jeu ?
  • Motricité : comment se passent la préhension, le lancer et l'équilibre ?

En complément, certains signaux modifient la participation sans relever des capacités : la douleur, la fatigabilité et les réactions au bruit, à la lumière, au toucher ou à l'échec. Notez-les dès la première séance, car ils font partie des éléments à observer avant de retenir une activité.

Tenir compte du contexte et de l'expression

Les capacités et les réactions varient selon le lieu, le moment et la situation de la personne. C'est pourquoi la HAS recommande une évaluation en situation, puis une nouvelle évaluation à chaque changement de l'état de santé. Une observation faite une seule fois ne suffit donc pas à écarter une activité.

L'expression de la personne pèse aussi dans ce choix. Pour quelqu'un qui parle peu, des photos, des pictogrammes, des gestes ou d'autres moyens de communication améliorée et alternative (CAA) l'aident à dire un choix, un accord ou un refus. Selon la HAS, ces supports doivent correspondre à ses capacités sensorielles, motrices et cognitives, et rester les mêmes d'un lieu de loisirs à l'autre.

Respecter l'âge et les intérêts de la personne

Adapter un jeu ne veut pas dire le ramener à un niveau enfantin. Le niveau des règles et le thème sont deux réglages distincts. Le premier suit les capacités de la personne, le second ses goûts et son âge.

Choisir sans infantiliser un adolescent ou un adulte

Avec un adolescent ou un adulte, simplifier la mécanique d'un jeu n'oblige pas à choisir un thème ou un graphisme infantilisant. Ses intérêts et son âge social guident le thème, quel que soit le niveau de difficulté des règles. Bien choisir des jeux pour un adulte en situation de handicap mental, c'est donc séparer ces deux questions.

À l'inverse, un jeu conçu pour les plus jeunes n'est pas exclu d'office : il convient si la personne l'apprécie et peut y participer. Même chez les plus jeunes, l'âge indiqué sur la boîte ne suffit pas à décider si un jeu est adapté à un enfant en situation de handicap mental. Seule l'observation de la personne permet de trancher.

Diversifier les activités proposées aux adultes

Pour les adultes présentant un TDI, la HAS recommande des loisirs diversifiés, individuels ou collectifs, choisis selon les préférences de chacun. Parmi les activités qu'elle cite :

  • Pratiques créatives : la cuisine et le théâtre.
  • Pratiques culturelles : le cinéma et la musique.
  • Pratique physique : la gymnastique.

Dès lors, proposer une seule famille d'activités réduit les chances de trouver ce qui plaît. La HAS rappelle d'ailleurs qu'un refus d'une catégorie ne dit rien du goût pour une activité précise : une personne peut rejeter le « sport » et s'intéresser au football. Mieux vaut donc présenter des activités concrètes plutôt que des catégories générales.

Aider à choisir sans imposer

Choisir suppose d'avoir déjà vécu l'activité. La HAS propose des sorties-découvertes et des photos d'activités déjà pratiquées, pour que le choix repose sur une expérience concrète. Pendant le jeu, un support de choix peut présenter « encore », « pause », « changer », « stop » et « j'aime », sous forme d'objets, de photos, de pictogrammes, de gestes ou de mots.

Ce support a un sens à condition que la réponse soit prise au sérieux. Un refus se respecte, sans devenir pour autant un jugement définitif sur l'activité : elle pourra être reproposée plus tard. La HAS reconnaît aussi le droit au repos et à l'ennui, qui fait partie des loisirs au même titre que le jeu.

Quels jeux choisir selon les capacités cognitives ?

Chaque famille de jeux sollicite surtout une capacité. Ce lien aide à orienter le choix lorsque la séance a un objectif. Il ne remplace ni le goût de la personne ni l'ajustement des règles.

Associer le type de jeu à l'intérêt recherché

Les grandes familles de jeux de société et de table se répartissent assez clairement selon ce qu'elles sollicitent :

  • Mémoire : jeux de paires et d'association.
  • Attention et classement : dominos, tri et suites d'images.
  • Planification : puzzles, jeux de construction et jeux de stratégie.

Le langage forme une quatrième entrée, avec les devinettes et les jeux de mots. Il ne faut pas pour autant présumer un bénéfice cognitif général pour chaque joueur : un jeu sollicite une capacité, il ne la développe pas forcément. Selon le niveau de pratique, la même famille de jeux peut donc rester un simple loisir.

Rendre les règles plus accessibles

Une fois le jeu choisi, reste à rendre les règles compréhensibles. Montrer un tour, réduire les informations visibles et introduire une règle à la fois facilitent l'entrée dans la partie. En complément, une consigne courte ou des pictogrammes aident à comprendre les règles et à les retenir.

La structure de la partie peut elle aussi évoluer : version coopérative, moins d'éléments, manche de démonstration, partie plus courte ou suppression du chronomètre. Aucune de ces variantes ne convient à tout le monde. Essayez-les une à une selon la personne.

Ajuster un jeu connu plutôt que le remplacer

Un jeu familier peut devenir accessible en l'adaptant, sans passer par un jeu neuf. Dans un jeu de paires, où l'on retourne deux cartes pour retrouver une paire, commencer avec moins de paires et utiliser de plus grandes cartes facilite la participation. Pour un jeu de quilles : montrez un lancer, rapprochez les quilles, essayez une balle plus facile à saisir et laissez choisir entre compter les points ou simplement les faire tomber.

Ces ajustements gagnent à être introduits un par un, pour repérer celui qui facilite vraiment la participation. La prudence vaut aussi pour les effets attendus : une revue systématique d'août 2024 portant sur 22 études relève une tendance favorable du jeu en intervention auprès d'enfants ayant divers handicaps. Sa certitude reste toutefois limitée, et les résultats sont trop hétérogènes pour établir un effet général fiable.

Adapter le matériel à la motricité et aux sensations

Après les règles, le matériel est le second levier d'adaptation. Bien choisi, il compense une difficulté de manipulation, de déplacement ou de tolérance sensorielle, sans changer le jeu que la personne a choisi.

Deux mains tiennent un ballon bleu à picots près de plusieurs accessoires sensoriels.

Faciliter la manipulation et le déplacement

Une personne peut comprendre les règles et pourtant peiner à manipuler les pièces. Dans ce cas, mieux vaut adapter le matériel que simplifier les règles contre son souhait. Plusieurs solutions sont possibles :

  • Pièces et supports : de grosses pièces, un support stable ou antidérapant, un porte-cartes.
  • Poste de jeu : une table à hauteur adaptée.
  • Aide humaine : un partenaire qui déplace une pièce sur instruction de la personne.

La même logique s'applique aux jeux de lancer ou de déplacement : la distance, la posture, le rythme et les pauses s'ajustent à l'équilibre et à l'endurance de chacun. En cas de douleur ou de risque de chute, demandez l'avis du professionnel concerné avant de poursuivre.

Proposer des jeux sensoriels confortables

Côté toucher, Sportibel propose un kit de 20 disques tactiles, également disponible en deux séries de 10, aux textures et couleurs différentes. Les grands disques se posent au sol, tandis que les petits se tiennent en main pour reconnaître une texture ou décrire une sensation. Destiné aux enfants de 2 à 8 ans et aux seniors, ce set de disques tactiles texturés supporte une charge maximale de 100 kg.

Pour la manipulation, une balle tactile sensorielle de 7,5 cm de diamètre sert à découvrir le toucher, en séance individuelle ou collective. Une stimulation tactile, sonore ou lumineuse agréable pour l'un peut toutefois être pénible pour l'autre. La HAS recommande donc de tenir compte des préférences, d'adapter l'intensité lumineuse et de vérifier les comorbidités, notamment l'épilepsie.

Construire un parcours psychomoteur modulable

Pour la motricité globale, les kits de parcours de psychomotricité de Sportibel s'adressent aux enfants jusqu'à 10 ans. La gamme comprend un kit initiation de 3 modules et un kit parcours 1 de 18 pièces. Elle compte aussi un kit parcours 4 de 102 pièces et un kit équilibre de 6 modules. Cerceaux, cônes, jalons, tapis mousse, poutres et repères visuels font varier les déplacements, les changements de direction, la stabilité et la succession des appuis.

Avec un groupe hétérogène, ces éléments modulables permettent de créer des séquences courtes et lisibles, ajustées à l'objectif de la séance. Le choix du kit dépend aussi de la taille du groupe, de la fréquence d'utilisation, de l'espace et du rangement disponibles : à privilégier pour les pratiques collectives, un format que la structure peut installer et ranger sans difficulté.

Comment essayer un jeu en toute sécurité ?

Un jeu ne se retient qu'après un essai. Cet essai se prépare, s'observe et se conclut avec la personne. Le matériel, lui, doit avoir été vérifié avant d'être proposé.

Préparer un essai compréhensible

Avant l'essai, présentez à la personne ce qui l'attend, sous une forme qu'elle comprend :

  • Le but du jeu : ce que l'on cherche à faire.
  • Les règles : l'essentiel, montré plutôt qu'expliqué.
  • Le lieu et les sensations : où se déroule le jeu et ce qu'il peut faire ressentir.
  • Le droit de s'arrêter : la possibilité de faire une pause ou de refuser.

Vient ensuite une démonstration, suivie d'un essai court avec le soutien nécessaire, pour observer la participation avant de retenir le jeu. Des règles courtes ou une partie brève peuvent constituer un point de départ. Leur adéquation reste à vérifier au regard de la compréhension, de l'intérêt et de la fatigue.

Observer puis décider avec la personne

Pendant l'essai, distinguez deux choses : le plaisir et l'envie de continuer d'un côté, l'habileté psychomotrice visée de l'autre, lorsqu'un tel objectif existe. Un jeu peut plaire sans travailler l'habileté prévue, et l'inverse est vrai aussi.

En complément, relevez la fatigue, la douleur, la frustration et les aides apportées au fil de l'activité. Ces observations montrent si le jeu tient en conditions réelles d'utilisation, ou s'il ne fonctionne qu'avec un soutien constant.

Après l'essai, demandez à la personne ce qu'elle souhaite garder ou changer. Une fiche de séance peut consigner l'objectif, la durée, le signe de refus, la possibilité de pause et une variante à réessayer. Elle donne ainsi une base concrète pour la séance suivante.

Vérifier la sécurité des jouets

Pour un jouet destiné à un enfant en France, la DGCCRF et le décret du 22 février 2010 invitent à vérifier le marquage CE, la notice, les avertissements, l'âge indiqué et les consignes de surveillance. Ce marquage est une déclaration de conformité du fabricant, non une garantie d'adaptation aux capacités du joueur. Avant de proposer le matériel, contrôlez aussi les petites pièces susceptibles d'être avalées ou inhalées, les éléments détachés, les piles, les cordons, les sons, les lumières et son état général. Adapter les règles ne supprime ni un danger matériel ni un avertissement. Enfin, selon la DGCCRF, une aire collective de jeux installée en permanence relève d'exigences distinctes de celles d'un jouet mobile.

Foire aux questions

Les jeux de paires et d'association sollicitent la mémoire ; les dominos, le tri et les suites d'images mobilisent l'attention et le classement. Pour les jeux vidéo cognitifs commerciaux, une analyse publiée en mars 2022 dans « Médecine/Sciences » rapporte un effet moyen limité chez des adultes de plus de 60 ans sans trouble cognitif. Ce résultat ne démontre pas de bénéfice équivalent chez les personnes présentant un TDI.

Boîtes à textures, objets à reconnaître au toucher, sons à apparier, instruments de musique et exploration de matières sont des activités à essayer selon le profil de la personne. Pour rendre l'activité plus confortable, il est possible de réduire l'intensité, de prévoir un endroit calme et de permettre de ne pas toucher un matériau.

Selon Mon Parcours Handicap et Service-Public, la PCH peut couvrir certaines aides techniques sous conditions, c'est-à-dire des équipements destinés à compenser une limitation d'activité. Elle ne couvre pas automatiquement tout achat de jeu ou de jouet. Un tapis antidérapant, de grosses pièces ou un porte-cartes peuvent suffire ; un équipement spécialisé n'est pertinent que s'il compense une difficulté constatée et convient à la personne.